Rapport HCE 2026 : L’École face à la déferlante du sexisme numérique

Dans son rapport annuel 2026, le Haut Conseil à l’Égalité (HCE) tire la sonnette d’alarme : une "menace masculiniste" grandissante, alimentée par les algorithmes, s'invite désormais dans les cours de récréation. Face à des élèves influencés par la "manosphère", le rapport appelle à une mobilisation urgente du système éducatif.
Le constat est sans appel. Alors que l'école tente de promouvoir l'égalité, elle se heurte de plein fouet à une contre-culture numérique puissante. Le rapport établit un lien direct entre la consommation massive de réseaux sociaux et l'augmentation du sexisme chez les jeunes, pointant du doigt une corrélation inquiétante : plus l'usage de plateformes comme TikTok ou X (Twitter) est intensif, plus l'adhésion aux thèses masculinistes est forte.
Cet article vous présente un résumé de ce rapport (lire le rapport intégral)
La fabrique algorithmique de la misogynie
Le HCE met en lumière le rôle pernicieux des algorithmes de recommandation. En favorisant les contenus polarisants pour capter l'attention, ces derniers enferment les adolescents dans de véritables "bulles de misogynie".
À l'intérieur de ces bulles, des influenceurs masculinistes professionnalisés (type Andrew Tate ou coachs en séduction) monétisent la haine des femmes. Ils ciblent spécifiquement un public jeune et vulnérable, leur vendant des idéologies rétrogrades sous couvert de développement personnel.

De l'écran à la classe : l'importation des discours haineux
L'influence ne reste pas virtuelle. Les enseignants observent l'arrivée de nouveaux éléments de langage directement importés des réseaux, comme le concept de "bodycount" (comptage des partenaires sexuels), utilisé pour humilier les jeunes filles.
Plus grave encore, cette culture numérique sape l'autorité pédagogique. Certains élèves, galvanisés par ces discours, remettent systématiquement en cause les chiffres sur les inégalités enseignées en classe ou inversent la culpabilité lors de cas de violences sexistes. Ce phénomène touche particulièrement le collège, âge de grande réceptivité, et se cristallise au lycée par la formation de groupes de garçons réfractaires à toute sensibilisation.
L'éducation comme rempart : vers une contre-offensive
Pour le HCE, la réponse doit être structurelle. Le rapport identifie l'Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et à la Sexualité (EVARS) comme le levier prioritaire. Il recommande de sanctuariser ces trois séances annuelles obligatoires pour déconstruire les discours en ligne.

Cependant, les enseignants se trouvent souvent démunis. Le rapport insiste donc sur trois axes majeurs pour les acteurs du numérique éducatif :
- Former les enseignants (initiale et continue) à repérer les "signaux faibles" de radicalisation masculiniste.
- Créer des ressources pédagogiques spécifiques pour décrypter et contrer les arguments issus de la sphère web.
- Renforcer l'Éducation aux Médias et à l'Information (EMI), en axant l'apprentissage sur la compréhension critique des algorithmes.
Ainsi, plusieurs recommandations ciblent spécifiquement l'école et la formation face aux menaces numériques, ou la régulation des contenus accessibles aux jeunes. Voici les recommandations organisées par axes :
Thème 1 : Former et outiller les enseignants face à la menace numérique
C'est le cœur du sujet pour le numérique éducatif : comment préparer les équipes pédagogiques à répondre aux discours de haine (masculinistes, sexistes) que les élèves consultent en ligne.
- Recommandation 9 : Développer des modules de formation et des ressources pédagogiques spécifiques pour outiller les enseignants face aux discours idéologiques sexistes. L'objectif est de renforcer leur capacité à identifier ces discours (souvent issus des réseaux sociaux), à y répondre avec pédagogie et à sécuriser la mise en œuvre des séances d'éducation à la sexualité.
- Recommandation 6 : Rendre la formation à l'égalité et à la lutte contre le sexisme obligatoire dans la formation initiale des enseignants (INSPÉ).
- Recommandation 7 : Développer la formation continue sur ces sujets pour tout le personnel de l'Éducation nationale.
Thème 2 : L'Éducation à la Vie Affective (EVARS) comme rempart aux réseaux sociaux
Le rapport présente l'EVARS comme la réponse éducative principale pour déconstruire les stéréotypes véhiculés par les algorithmes.
- Recommandation 3 : Consacrer l'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS) comme un enseignement à part entière et obligatoire (6 heures annuelles réparties en 3 séances), pour garantir une mise en œuvre effective face à l'influence grandissante des discours en ligne.
- Recommandation 4 : Mettre en place une enquête nationale (audit quantitatif et qualitatif) pour s'assurer de l'effectivité de ces séances dans tous les établissements.
Thème 3 : Assainir l'environnement numérique des élèves
Bien que ces mesures concernent la régulation, elles impactent directement la sécurité des élèves et le climat scolaire.
- Recommandation 15 : Renforcer les moyens de l'ARCOM et de PHAROS pour mieux analyser et intervenir sur la menace masculiniste en ligne.
- Recommandation 17 : Exiger la transparence des algorithmes de recommandation (qui enferment les jeunes dans des bulles de misogynie) et imposer des mesures correctives pour limiter la viralité des contenus haineux.
- Recommandation 19 : Contraindre les plateformes à une veille proactive contre les contenus haineux pour prévenir leur diffusion auprès des publics jeunes.

En 2026, la lutte contre le sexisme ne se joue plus seulement dans les manuels scolaires, mais dans la capacité de l'École à comprendre et désamorcer les mécanismes de l'influence numérique.